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Avant-propos

Pris individuellement, les événements des deux dernières années n'ont pas été sans précédent. Le Canada a déjà connu des récessions et même des pandémies. Nous avons été secoués par les guerres en Europe auxquelles nous avons aussi participé. Nous avons traversé des crises, petites et grandes, et nous avons toujours réussi à les surmonter.

Toutefois, c'est la première fois en près de 155 ans que les Canadiens doivent traverser une période comme celle que nous vivons depuis les 25 derniers mois.

Ce jeudi de mars 2020, lorsque les projets de voyage ont été brusquement annulés et que des files d'attente se sont soudainement formées devant nos épiceries, nous savions que ce virus perturberait notre quotidien, mais peu d'entre nous avaient imaginé l'ampleur et la durée de cette épreuve.

Pourtant, nous voici. Nous avons encaissé les coups, mais nous nous sommes relevés.

Les Canadiens ont fait tout ce qui leur a été demandé, et même plus. Je tiens donc à vous dire, à tous et à toutes, merci!

J'ai maintenant l'honneur de présenter mon deuxième budget fédéral. J'ai déposé mon premier en avril 2021.

Dans l'année qui a précédé ce budget, l'économie canadienne était sur le point de s'effondrer.

Notre économie s'était contractée de 17 %, ce qui a donné lieu à la plus grave récession depuis les années 1930. Trois millions de Canadiens avaient perdu leur emploi.

Ce fut un choc économique épouvantable. La Grande Dépression a marqué le pays pendant une génération ou plus. Il était tout à fait raisonnable de craindre que la récession liée à la COVID-19 nous paralyse également pendant des années, que des millions de Canadiens soient encore aujourd'hui sans emploi et que le travail pour rebâtir notre pays prenne plusieurs décennies.

Nous savions que nous ne pouvions pas laisser cela se produire. Nous avons donc mis en place des mesures de soutien d'urgence sans précédent pour les familles et les entreprises canadiennes. Nous avons continuellement mis l'accent sur les emplois pour nous assurer que les Canadiens conservent leur emploi et que leurs employeurs gardent la tête hors de l'eau.

C'était un plan audacieux. Et il a fonctionné.

Notre économie a récupéré 112 % des emplois perdus lors de ces terribles premiers mois, par rapport à seulement 90 % aux États-Unis. Notre taux de chômage est à la baisse à seulement 5,5 %, soit près du niveau record de 5,4 % en 2019, le plus bas au Canada en cinq décennies.

Notre PIB réel dépasse de 1,2 % son niveau d'avant la pandémie. Prenez le temps d'y réfléchir : après une récession dévastatrice — pendant laquelle les vagues ont déferlé les unes après les autres et les confinements se sont succédé — notre économie ne s'est pas simplement rétablie. Elle est en pleine effervescence.

Aujourd'hui, le Canada est de retour en force.

Toutefois, les Canadiens savent que le prix à payer pour lutter contre la COVID-19 et la récession liée à la COVID-19 a été élevé.

Le ralentissement des chaînes d'approvisionnement s'est traduit par une augmentation des prix à la caisse. L'achat d'une maison est hors de portée pour beaucoup trop de Canadiens.

L'inflation que l'on observe presque partout sur la planète, fait grimper les prix au Canada aussi.

Les ressources engagées avec raison par le gouvernement fédéral, dans une proportion de huit dollars pour chaque tranche de dix dollars investis, afin de sauver les Canadiens et l'économie canadienne, ont diminué notre trésorerie.

Notre réponse à la COVID-19 a un coût important et notre capacité de dépenser n'est pas illimitée. Nous allons examiner et réduire les dépenses gouvernementales, parce que c'est la chose responsable à faire.

Au sujet du prochain point, permettez-moi d'être très claire : nous sommes absolument résolus à ce que notre ratio de la dette au PIB continue de diminuer. Nos déficits pandémiques diminuent et ils doivent continuer à diminuer. Les dettes exceptionnelles engagées pour assurer la sécurité et la solvabilité des Canadiens doivent être remboursées.

C'est notre cible budgétaire. Nous ne la manquerons pas. Cela nous permettra de nous assurer que nos finances continuent d'être fiables tant que nous restons sur la bonne voie.

Le Canada a une fière tradition de responsabilité budgétaire. C'est mon devoir de la perpétuer et je le ferai.

Le moment est donc venu de mettre l'accent sur la croissance de notre économie grâce à des investissements intelligents et des objectifs clairs.

C'est ce que notre gouvernement propose de faire. Et voici comment nous proposons de le faire.

Le premier pilier de notre plan consiste à investir dans la pierre angulaire d'un pays fort et en pleine croissance : notre population.

Commençons par le logement.

Le logement est un besoin humain fondamental, mais il constitue également un impératif économique. Notre économie est bâtie par les gens, et les gens ont besoin de logements où vivre.

Le problème, c'est que le Canada n'a pas suffisamment de logements. Il nous en faut plus, et ce, rapidement.

Le budget de cette année présente peut-être le plan le plus ambitieux que le Canada ait jamais eu à mettre en œuvre pour régler ce problème fondamental.

Au cours des dix prochaines années, nous doublerons le nombre de logements que nous construirons. Cela doit devenir un grand effort national, et exigera un nouvel esprit de collaboration.Les provinces et les territoires, les villes et les municipalités, le secteur privé et les organismes à but non lucratif : tous devront collaborer avec nous pour construire les logements dont les Canadiens ont besoin.

Nous investirons pour construire plus de logements et éliminer les obstacles qui empêchent leur construction. Nous investirons dans les logements locatifs sur lesquels tant de personnes comptent. Nous aiderons nos jeunes à obtenir plus facilement les clés de leur première habitation.

Nous ferons aussi tout ce qui est en notre pouvoir pour rendre le marché plus équitable pour les Canadiens. Nous empêcherons les acheteurs étrangers d'entasser leur argent au Canada en achetant des logements. Nous veillerons à ce que les maisons servent de domicile aux personnes et non de biens qu'elles peuvent échanger.

Cependant, sur la question du logement, permettez-moi de faire une mise en garde : il n'y a pas de solution miracle qui, une fois pour toutes, fera immédiatement de chaque Canadien un propriétaire dans le quartier de son choix.

Au fur et à mesure que le Canada grandit et qu'il devient de plus en plus prospère, nous devrons continuer d'investir, année après année, dans la construction de plus de maisons, car notre pays est en croissance.

Un pays en croissance et une économie en croissance exigent également une main-d'œuvre en croissance. La pénurie de travailleurs — et de travailleurs qualifiés — restreint les économies industrialisées partout dans le monde.

Mais il y a de bonnes nouvelles.

En 2020, le Canada a connu la croissance démographique la plus rapide du G7. À l'heure où le monde cherche désespérément des travailleurs et des gens de talent, l'enthousiasme unique de notre pays pour l'accueil des nouveaux Canadiens est un puissant catalyseur de prospérité économique.

Ce budget facilitera la tâche des immigrants qualifiés dont notre économie a besoin pour faire du Canada leur nouveau chez-soi.

Il investira également dans les travailleurs déterminés et talentueux qui sont déjà ici.

Nous rendrons plus abordable la possibilité pour nos travailleurs de déménager là où se trouvent les emplois. Des programmes comme l'Allocation canadienne pour les travailleurs feront en sorte qu'il soit intéressant pour les gens de travailler.

Nous investirons dans les compétences dont les travailleurs canadiens auront besoin pour combler les emplois bien rémunérés d'aujourd'hui et de demain, nous éliminerons les obstacles et veillerons à ce que tout le monde puisse retrousser ses manches et se mettre au travail s'il le désire.

Et, en effet, l'accès à des garderies abordables est l'un de ces obstacles.

Lorsque nous avons fait la promesse, il y a moins d'un an, de faire des services de garde d'enfants de grande qualité et abordables une réalité pour les Canadiens, notre plan a été accueilli avec enthousiasme. Mais les applaudissements étaient accompagnés d'un scepticisme justifiable. Après tout, des promesses similaires avaient été faites et rompues pendant des décennies — à cinq reprises en fait!

C'est pourquoi, comme je suis ici aujourd'hui, je suis si fière de le dire, nous avons tenu notre promesse. Nous avons signé des ententes sur l'apprentissage et la garde des jeunes enfants avec chaque province et territoire.

C'est la libération des femmes. Plus de femmes n'auront plus à choisir entre la maternité et une carrière. Et la mesure rendra la vie plus abordable pour les familles canadiennes de la classe moyenne.

Les frais sont déjà réduits partout au pays. D'ici la fin de l'année, ils seront réduits en moyenne de 50 %.

Et d'ici 2025-2026, la garde d'enfants ne coûtera en moyenne que 10 $ par jour, d'un océan à l'autre.

Il s'agit là d'une politique économique féministe en action.

Logement, immigration, compétences et garde d'enfants. Il s'agit bien sûr de politiques sociales. Mais tout aussi important, ce sont aussi des politiques économiques.

Cette stratégie, que notre gouvernement tente de mettre en œuvre depuis sept ans, est ce que la secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellen, a récemment appelé L'économie de l'offre moderne.

Et parce que ces politiques créeront une croissance tirée par l'offre qui aidera au problème de l'inflation stimulée par la demande, elles sont exactement ce dont le Canada a besoin en ce moment.

Notre deuxième pilier pour la croissance de notre économie est la transition verte.

Au Canada et dans le monde entier, l'action climatique n'est plus une question de débat politique ou de conviction personnelle. C'est un défi existentiel, donc aussi une nécessité économique.

Dans la plus grande transformation économique depuis la Révolution industrielle, l'économie mondiale devient verte.

Le Canada peut devenir un chef de fil ou traîner de la patte.

Évidemment, ce n'est pas du tout une option — c'est pourquoi notre gouvernement investit de manière urgente dans cette transition. Notre plan est dicté par notre prix national sur la pollution — le plus intelligent et le plus efficace incitatif à l'action climatique — et par un nouveau fonds de croissance du Canada qui aidera à attirer des milliards de dollars en capital privé dont nous avons besoin pour transformer notre économie à grande vitesse et à grande échelle.

Pour nos enfants, cela signifie un air plus pur et une eau plus propre dans le futur. Et cela se traduira par de bons emplois pour les Canadiens aujourd'hui.

Notre troisième pilier pour la croissance est un plan visant à s'attaquer au talon d'Achille de l'économie canadienne : la productivité et l'innovation.

Nous figurons parmi les pays les plus instruits au monde. Nos scientifiques remportent des prix Nobel et nos villes surpassent la Silicon Valley en ce qui concerne la création d'emplois hautement rémunérés dans le domaine des technologies.

Nous accusons toutefois du retard sur le plan de la productivité économique. La productivité est importante parce que c'est ce qui garantit le rêve de chaque parent, à savoir que nos enfants vivront dans un monde plus prospère.

C'est un problème canadien bien connu, et insidieux. Il est temps que le Canada s'y attaque.

Nous proposons de le faire, en partie, par l'intermédiaire d'une nouvelle agence d'innovation et d'investissement, qui s'appuiera sur les meilleures pratiques internationales de partout dans le monde, et qui donnera aux entreprises canadiennes de tous les secteurs de l'économie les outils et les incitatifs dont elles ont besoin pour créer et innover, et pour produire plus avec moins.

Nous encouragerons les petites entreprises à prendre de l'expansion.

Nous aiderons les Canadiens et les entreprises canadiennes à développer de nouvelles propriétés intellectuelles et à transformer leurs nouvelles idées en nouvelles entreprises et en nouveaux emplois.

Ces trois piliers — investir dans les gens, investir dans la transition verte et investir dans l'innovation et la productivité — créeront des emplois et assureront la prospérité dès aujourd'hui, et bâtiront un avenir économique plus fort pour nos enfants.

Ils rendront le coût de la vie plus abordable et veilleront à ce que le Canada demeure le meilleur endroit au monde où vivre, travailler et élever une famille.

Dès le premier jour où nous avons entamé les travaux sur ce budget, ce programme de croissance allait toujours être notre objectif.

Et puis, est arrivée l'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine.

Le monde dans lequel nous nous sommes réveillés le 24 février était différent de celui d'avant, lorsque nous avons éteint les lumières avant d'aller se coucher.

Lorsque Poutine a ouvert le feu sur le peuple ukrainien, il a aussi tourné son fusil sur la période de prospérité sans précédent que les démocraties du monde ont si assidûment bâtie pendant plus de 76 ans.

L'ordre international fondé sur des règles, né des cendres de la Deuxième Guerre mondiale, fait maintenant face à la plus grande menace qu'il ait connue depuis qu'il existe.

C'est pourquoi notre réponse a été rapide et forte. Le Canada et ses alliés ont imposé les sanctions les plus sévères jamais infligées à une grande économie. La Russie est devenue un paria économique.

L'assaut de Poutine a été si violent que nous comprenons tous maintenant que les démocraties du monde, y compris la nôtre, ne peuvent être en sécurité que si le tyran russe et ses armées criminelles sont vaincus.

Et nous comptons sur le peuple courageux d'Ukraine pour y arriver.

Comme le combat des Ukrainiens est le nôtre — une lutte pour la démocratie — il est dans notre intérêt national de s'assurer de toute urgence qu'ils ont les missiles et l'argent dont ils ont besoin pour gagner.

Et c'est ce que le budget prévoit.

L'invasion de l'Ukraine par Poutine nous a aussi rappelé que notre propre démocratie pacifique, comme toutes les démocraties du monde, dépend en fin de compte de notre capacité à se défendre. Les dictateurs du monde ne devraient jamais confondre notre civilité avec le pacifisme. Nous savons que la liberté n'est pas gratuite et que la paix n'est garantie que par notre volonté de la défendre.

C'est pourquoi le budget prévoit un investissement immédiat et supplémentaire dans nos Forces armées et propose un examen rapide de la politique de défense, pour que le Canada soit prêt à faire face à un monde désormais plus dangereux.

Les images de chars russes traversant l'Ukraine n'ont pas changé l'objectif fondamental de ce budget.

Cependant, l'attaque de Poutine contre l'Ukraine et la résistance remarquable et courageuse de ce pays ont renforcé la conviction la plus profonde de notre gouvernement — une phrase qui est reflétée dans le budget de cette année et dans tous les budgets qui l'ont précédé : Que la force d'un pays ne vient pas seulement de l'ampleur des réserves de sa banque centrale ni de la taille de la force de son armée.

Ces aspects sont importants, certes. Mais ils comptent moins que la démocratie elle-même.

Ils peuvent être vaincus, et le sont, par un peuple uni et libre. Et c'est la véritable source de la force de chaque pays.

Pour qu'un pays soit fort, tout le monde doit être inclus, autonome et uni.

Permettez-moi d'expliquer à quoi ressemble ce pays plus fort, ici, chez nous : Cela signifie que nous avons besoin de logements abordables pour tout le monde, et d'un système dans lequel une génération entière n'est pas exclue du rêve d'avoir une maison.

Cela signifie que nous avons un rôle à jouer dans la lutte contre les changements climatiques afin de pouvoir laisser à nos enfants un air pur, de l'eau potable et une planète habitable.

Cela signifie que nous devons continuer à faire face à nos erreurs du passé et veiller à ce que les peuples autochtones de ce pays puissent vivre dans la dignité et la prospérité.

Cela signifie que nous avons besoin d'un système de soins de santé qui permet aux gens de consulter un médecin ou un dentiste, et de recevoir des soins de santé mentale.

Cela signifie que nous devons continuer à bâtir une société qui est vraiment équitable pour tous, car la couleur de votre peau, qui vous aimez ou votre lieu de naissance ne devraient pas dicter si vous avez accès aux possibilités offertes par le Canada.

Et cela signifie que nous avons besoin d'une économie qui permet aux entreprises de croître et de créer de bons emplois pour la classe moyenne, et où tout le monde peut gagner décemment sa vie, de façon honnête.

Le courageux peuple ukrainien a fait sortir les plus vieilles démocraties du monde du malaise du XXIe siècle. Il nous a rappelé que la force et l'unité d'un pays viennent de la force et de l'unité de son peuple.

Et il nous a rappelé que notre priorité absolue devrait être de construire un pays pour lequel nous serions prêts à nous battre.

C'est ce que nous avons essayé de faire ces sept dernières années. Et c'est ce que nous continuerons à faire aujourd'hui.

Je suis donc fière de présenter le budget de 2022 : Un plan pour faire croître notre économie et rendre la vie plus abordable.

Un plan qui investit dans les gens. Et un plan qui aidera à bâtir un Canada où personne ne sera laissé pour compte.

L'honorable Chrystia Freeland, C.P., députée
Vice-première ministre et ministre des Finances

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